Dans le cadre d'une série d'articles sur l'illettrisme en Nouvelle-Aquitaine, l'accent est mis cette fois-ci sur le département des Deux-Sèvres. La Maison de l’Emploi et des Entreprises de Parthenay et Gâtine (MDEE) a initié une démarche visant à informer les employeurs sur la problématique de l'illettrisme et à les accompagner dans l'identification des salariés concernés. L'objectif est de faire évoluer les perceptions et de faciliter l'accès à la formation aux compétences de base.
L'illettrisme en milieu professionnel demeure un sujet délicat. Une part significative des personnes concernées occupe déjà un emploi depuis plusieurs années. Les difficultés, souvent discrètes, peuvent se révéler lors de l'évolution des métiers, des outils ou des organisations. Face à ce constat, la MDEE a lancé une action spécifique de sensibilisation auprès des entreprises de son territoire, animée depuis fin 2025 par Juliette Billebault, chargée de mission entreprise RH/TPE. Ce projet bénéficie du soutien du Fonds social européen + (FSE+) et des communautés de communes locales.
Cette initiative s'inscrit dans les missions habituelles de la MDEE, axées sur l'accompagnement RH des entreprises, notamment en matière de recrutement, d'alternance et d'évolution professionnelle. Le projet comprend deux volets : le maintien dans l'emploi des seniors et la lutte contre l'illettrisme. Il vise à permettre aux salariés d'accéder à des formations pour renforcer leurs compétences de base, répondant ainsi aux enjeux de l'allongement des carrières et des difficultés de recrutement.
Initialement prévu avec l'association CLEE, experte en illettrisme, le projet a dû être adapté suite à la cessation d'activité de cette dernière en 2025. La MDEE collabore désormais avec Cécile Canon (coordonnatrice régionale Nouvelle-Aquitaine) et Olivia Costantino (coordination associative CORAPLIS à Niort), assurant ainsi une approche centrée sur l'entreprise tout en s'appuyant sur des compétences spécialisées.
La première phase a consisté à sensibiliser les chefs d'entreprise et responsables RH via des ateliers et webinaires. Ces rencontres ont révélé que le sujet n'était pas totalement inconnu, certaines entreprises ayant déjà identifié des difficultés chez leurs salariés. La prise de conscience est jugée essentielle, car des difficultés peuvent être mal interprétées comme des problèmes de comportement.
Il est rappelé que l'illettrisme touche plus de trois millions de personnes en France, dont 55 % sont en emploi. Dans une entreprise de 40 personnes, on estime que deux à quatre salariés pourraient être concernés. Dans le secteur de Parthenay et Gâtine, la présence de personnes peu ou pas diplômées constitue un facteur de risque face aux évolutions professionnelles.
L'enjeu est d'aider les employeurs à distinguer les difficultés liées aux compétences de base, qui peuvent être accompagnées, de celles relevant d'autres problématiques, comme le Français Langue Étrangère (FLE).
La transformation des métiers, notamment via les outils numériques, rend les compétences de base de plus en plus indispensables. Des secteurs comme l'agroalimentaire ou les services à la personne voient leurs besoins en compétences évoluer, pouvant mettre en difficulté des salariés expérimentés.
L'accompagnement des salariés doit se faire avec précaution pour éviter toute stigmatisation. Il passe par une évaluation des compétences et une orientation vers une formation adaptée, en communiquant clairement avec le salarié.
Face à des entreprises pas toujours prêtes à s'engager immédiatement, la MDEE envisage une approche plus ciblée, en travaillant avec des entreprises volontaires et des secteurs prioritaires comme l'agroalimentaire et les services à la personne. L'objectif est de créer une relation de proximité et de répondre aux besoins spécifiques.
La démarche, encore en construction, vise à améliorer la connaissance du sujet sur le territoire et à orienter les entreprises vers les bonnes ressources pour accompagner leurs salariés et favoriser leur évolution professionnelle.




