Depuis plus de 15 ans, les éleveurs caprins en agriculture biologique du centre-ouest français ont travaillé au développement d’une filière caprine bio cohérente et productive, passant de 64 à 130 élevages entre 2015 et 2021, avec le soutien des organismes d’accompagnement, des aides de l’État et des transformateurs.
Alors que de nouvelles négociations commerciales s'ouvrent dans un contexte de reprise de +19% de la consommation des produits laitiers AB, les éleveurs alertent sur leur grande fragilité. Le revenu minimum vital n’est plus assuré pour les familles, et leur revendication à vivre dignement n’est pas suffisamment entendue.
Les suivis économiques indiquent une rémunération inférieure à 0,5 Smic/UMO. Le différentiel de prix entre le lait conventionnel et bio est tombé de 30% à 14% en quatre ans, et les coûts des intrants ne sont plus compensés.
Par conséquent, des déconversions sont observées : de 130 élevages AB en 2021, il n'en restait que 111 en 2025, avec 10 arrêts constatés. Le manque de rémunération freine les nouvelles installations et l'investissement. La sécheresse de 2026 impacte fortement les dépenses, avec une estimation d'augmentation des coûts alimentaires de 30 à 105 €/1000 litres, auxquels s'ajoutent 42 €/1000 litres dus à la hausse des carburants.
La déconversion et l'arrêt d'élevages augmentent les coûts de collecte du lait. Le manque de visibilité et la diminution des aides spécifiques à la bio découragent le maintien en production.
Pour sauver la filière, les éleveurs revendiquent une prise en compte réelle des coûts de production et une rémunération juste à 2 Smic par UMO, nécessitant un prix du litre de lait à 1370 €/T. Ils demandent une revalorisation immédiate de +160 €/1000 litres pour atteindre 1 Smic/UMO fin 2026, puis +139 €/1000 litres début 2027 pour évoluer vers 2 SMIC/UMO, avec une répartition équitable des marges.
Ils attendent également un soutien de l’État : réaffectation des aides à la conversion vers le maintien bio, possibilité de cumul MAEC, et financement d’accompagnements techniques pour optimiser la production.
Sans ces soutiens, les élevages caprins bio et les transformateurs disparaîtront, au détriment de l’environnement, de la qualité de l’eau, de la santé des consommateurs et de la vie des territoires ruraux.




