Les Archives Municipales de Lège-Cap-Ferret mettent en lumière un document historique concernant le projet de classement de la forêt du Cap Ferret dans les années 1930. Cette initiative visait à préserver le site face à une menace de déboisement total de la propriété de la famille Lesca.
L'affaire débute par une lettre du président du Touring-Club de France au Préfet de la Gironde le 16 octobre 1930, alertant sur le déboisement envisagé par la famille Lesca, qui nuirait à l'esthétique et aux avantages climatiques du site. Maurice Martin, poète et journaliste bordelais, créateur de l'appellation « Côte d’Argent », était à l'origine de cette démarche.
Suite à cette alerte, le Préfet a informé le maire de La Teste de l'ouverture d'une instance de classement. Les propriétaires ne pouvaient apporter de modification aux lieux pendant six mois, conformément à la loi du 2 mai 1930, qui réorganisait la protection des monuments naturels et des sites.
Les parcelles concernées, appartenant aux héritiers de Léon Lesca (Georges, Frantz et Marie Lesca épouse Bordes), représentaient une coupe de 200 hectares. Georges Lesca a expliqué que la coupe des pins, âgés de 109 à 111 ans, était prévue pour le 1er novembre 1930, afin de régénérer la forêt et d'assurer un revenu. Une bande de 100 à 200 mètres de pins en bordure du Bassin devait être sauvegardée.
Raoul Brun, négociant ayant acheté le bois pour 1 550 000 francs, a fait valoir l'urgence de la coupe pour honorer des contrats, notamment pour la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. Il a prévenu qu'il réclamerait 600 000 francs de dommages et intérêts en cas de préjudices.
Pierre Dignac, maire de La Teste et député de la Gironde, a soutenu les propriétaires, soulignant l'importance de l'industrie du gemmage pour les résiniers locaux. Le Conservateur des Eaux et Forêts a également défendu les consorts Lesca, jugeant le terme « déboisement » impropre et parlant d'une « exploitation courante ».
La commission départementale des sites et monuments naturels, lors de sa séance du 4 novembre 1930, a émis l'avis de proposer le classement de la bande forestière de 100 mètres en bordure du Bassin, tout en autorisant la coupe rase des arbres vendus à M. Brun, compte tenu de leur âge et des concessions faites par les propriétaires.
Cependant, Georges et Frantz Lesca ont réitéré leurs protestations face à une nouvelle instance de classement en novembre et décembre 1930, considérant la procédure arbitraire et injuste. Ils ont menacé d'engager des poursuites judiciaires.
Finalement, une convention a été signée le 9 octobre 1941. Les frères Lesca se sont engagés à maintenir une zone boisée de 100 mètres en bordure du Bassin, sous le contrôle des Eaux et Forêts, tandis que l'État renonçait au classement envisagé. Cet engagement assurait la protection perpétuelle de cette zone boisée.




