Dans le cadre de la Fête de la science, l'Espace Mendès France à Poitiers a accueilli la 145e conférence des carrefours de la santé, organisée par le CHU de Poitiers. Placé sous le thème « Saveurs savantes », l'événement, intitulé « Alimentation : notre assiette à la loupe », a décrypté les idées reçues sur l'alimentation et la santé sous plusieurs angles : l'obésité, les comportements alimentaires, le Nutri-Score et l'alimentation émotionnelle. L'objectif commun des quatre professionnels du CHU intervenants était de rappeler qu'il est possible de bien manger, sans culpabilité.
Le Dr Mathilde Merckx-Fraty, endocrinologue au CHU de Poitiers, a rappelé que l'obésité est une maladie chronique et plurifactorielle, touchant 17 % des adultes français en 2020, avec des conséquences néfastes sur la santé physique, psychique et sociale. Elle a souligné que l'indice de masse corporelle (IMC) est un repère utile mais insuffisant, et que l'obésité augmente les risques de maladies cardiovasculaires, d'apnées du sommeil et de certains cancers. La prise en charge au CHU de Poitiers est pluridisciplinaire, visant des objectifs atteignables et durables de perte de poids, sans jugement ni culpabilisation.
Romain Lecomte, diététicien, a invité le public à questionner les messages de santé stigmatisants. Il a expliqué que l'exigence de « bien manger » à chaque bouchée est irréaliste et que les régimes montrent vite leurs limites, le cerveau ne supportant pas la privation. Il préconise de se concentrer sur le comportement alimentaire plutôt que sur le contenu de l'assiette, affirmant qu'il n'existe pas d'aliment « sain » ou « malsain » en soi. L'alimentation intuitive, qui consiste à écouter ses signaux de faim et de rassasiement, est privilégiée, car l'alimentation remplit des fonctions nutritionnelle, symbolique et hédonique.
La psychologue Virginie Fouilloux a abordé l'alimentation émotionnelle, expliquant comment l'histoire personnelle, l'éducation et le stress peuvent façonner nos comportements alimentaires. Elle a souligné l'importance de prendre soin de sa santé mentale et de gérer son stress pour apprivoiser ses émotions à table. « Nous ne sommes ni qu’un corps, ni qu’une tête », a-t-elle résumé, évoquant une « pensée corporelle » pour renouer avec un rapport apaisé à son assiette.
Elise Raguin, diététicienne à Vie la Santé, a démystifié le Nutri-Score, précisant qu'il est issu de la recherche publique française et non obligatoire. Elle a expliqué qu'il sert à comparer des produits au sein d'une même catégorie et se base uniquement sur le tableau nutritionnel, sans prendre en compte les additifs ou l'ultra-transformation. Le Nutri-Score, bien compris, peut aider à faire de meilleurs choix, mais ne doit pas être un jugement absolu sur un aliment, et devrait s'inscrire dans une politique globale de santé publique.
En conclusion, les intervenants ont souligné que notre assiette ne se résume pas à un calcul de calories ou à une échelle de « bons » et « mauvais » aliments. Manger est un acte biologique, psychologique et social, et il est essentiel d'écouter son corps, ses envies et ses émotions, sans jugement ni culpabilité, pour une alimentation « suffisante et satisfaisante ».




